Carton plein pour Tran5fert

Vue de la galerie d'exposition, Castéja
Vue de la galerie d’exposition, Castéja

Pour ceux qui ne connaissent pas et pourtant bon nombre de bordelais connaissent pour y avoir réglé certaines affaires… Castéja est l’ancien commissariat de la ville de Bordeaux. Classé au titre de monument historique depuis 2011, ce bâtiment fait aujourd’hui office de réceptacle à la création urbaine jusqu’à mi-septembre pour ensuite entamer sa réhabilitation d’ici 2018. Il est donc évident de parler d’ « ironie » quand on sait à quel point les forces de l’ordre aiment courir après les artistes de rue.

Landroïd, Night mare on the bridge, technique mixte, 2012
Landroïd, Night mare on the bridge, technique mixte, 2012

Transfert est né avec les Vivres de l’art sous l’impulsion de trois collectifs d’artistes : les Frères Coulures, Peinture Fraiche et Club Mickey. Quatre expositions ont déjà été présentées au cœur de l’association et les artistes le disent eux-mêmes, ils en ont fait le tour ! Mais cette année, Gironde Habitat met à leur disposition un terrain emblématique, chargé d’histoire, qui offre une nouvelle opportunité : celle de confronter le classique et l’underground.

Landroïd, Gouache sur canevas
Landroïd, Technique mixte
777 Army, Lotus rouge, installation, Castéja, 2015
777 Army, Lotus rouge, installation, Castéja, 2015

Deux mois et demi de préparation ont été nécessaires pour la trentaine d’artistes conviés au projet. 3500m2 à découvrir, à répartir, puis à transformer. Le résultat est bluffant et très dynamique. A l’inverse des expositions où l’on n’est surpris de rien, celle-ci dévoile une diversité de style qui s’étend à n’en plus finir.

On retrouve dans ce parcours, une première partie dédiée à la galerie. Un espace conçu comme un musée présentant diverses œuvres sur toiles comme celle de Saïr avec son Autoportrait ou comprenant des techniques plus mixtes comme la maquette de Landroïd, Night mare on the Bridge ou sa modification sur canevas.

Saïr, Autoportrait, Acrylique sur toile, 2012
Saïr, Autoportrait, Acrylique sur toile, 2012
Tack, La cabane dans les bois, Installation, Castéja, 2015
Tack, La cabane dans les bois, Installation, Castéja, 2015

20150812_182718Quant à la deuxième partie, elle présente une vingtaine d’espaces articulés autour d’une cour intérieur, révélant à chaque fois une installation différente. Ces installations réalisées seul ou en collaboration, divergent tout autant par leurs techniques que par leurs sujets. Elles reflètent un point de vue, un questionnement ou une émotion, et bouleversent autant qu’elles font rire.

Parmi ces artistes, on retrouve le collectif 777 Army (Saïr et Repaze) qui nous offre plusieurs versions de l’anamorphose. Transformant la pièce jusqu’à en découper les murs ou en rajouter, ils jouent de l’illusion d’optique pour transformer les formes jusqu’à en obtenir de nouvelles. De son coté, Jone et sa Reconstitution cherche à replacer le concept de street art à sa vraie place, c’est-à-dire à même la rue. Pour cela, il se met en scène en vidéo, montrant son travail au sein même de la ville. D’autres comme Limpio et Obad reconstituent leur univers de travail que sont les rues sombres et les zones en friche. Les Parpaintres (Landroïd, Disketer et Mioter) font de même en exposant leur quartier de Bacalan en pleine transformation et en mettant en scène Alain Juppé en costume de Chantier. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Jone, Reconstitution (détail), Installation, Castéja, 2015
Jone, Reconstitution (détail), Installation, Castéja, 2015

En résumé un lieu tout à fait magique où le public déambule en s’interrogeant sur ce que le street art exprime et défend. Etonnamment tous les publics s’y côtoient, de la petite enfance au grand âge. C’est donc un pari réussi pour le collectif Transfert qui montre ici qu’il peut s’adapter aux contraintes d’un nouvel espace avec brio.

Charlotte LASSERRE

www.expotransfert.fr
C’est jusqu’au 26 septembre et c’est gratuit !
Afterworks le jeudi et le vendredi jusqu’à 21h

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les fileuses

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Vélasquez, Autoportrait, huile sur toile, 45 X 36 cm, Musée des Beaux-arts, Valence

Très influencé par l’Italie où il se rend deux fois dans sa vie, Diego Rodriguez de Silva y Vélasquez (1599-1660) a une passion pour les maîtres vénitiens comme Titien ou le Tintoret. Ce penchant, il l’acquiert déjà très tôt à Madrid quand il observe les collections royales riches en peintures vénitiennes. Originaire de Séville, sa peinture était au préalable teintée d’un naturalisme sombre mais il s’en détache pour se tourner davantage vers la lumière et la légèreté. De même son accession en 1623 comme peintre du roi lui donne une certaine liberté dans le choix des sujets qu’il représente. Il faut savoir qu’un peintre à cette époque est dépendant d’une clientèle d’ecclésiaste et sa production doit être calquée sur le thème religieux. Vélasquez n’est plus tenu par cette règle puisque sa position lui permet de choisir ses sujets, incluant donc les thèmes profanes (histoire ou mythologie).

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Vélasquez, Les fileuses, huile sur toile, 167 x 252 cm, musée du Prado, Madrid

La toile des Fileuses fait partie de la dernière époque de production du peintre. La date exacte en est incertaine. Néanmoins, on s’accorde à penser qu’elle aurait été produite aux alentours de 1657. Vélasquez s’emploie à y condenser plusieurs de ses trouvailles, ce qui nous offre une composition des plus savantes mais aussi énigmatique quant à son analyse de lecture. Commandée par le grand veneur du roi, elle n’intégrera les collections royales qu’au XVIIIe siècle. Elle sera ensuite victime de l’incendie du vieux palais de l’Alcazar en 1734, ce qui lui vaudra quelques ajouts sur la partie haute et les côtés. Ces derniers ont été exécutés d’une main si experte qu’on aurait tendance à les croire d’époque.

Vélasquez, Les fileuses,avec les ajouts,  huile sur toile, 220 x 289 cm, Musée du Prado, Madrid
Vélasquez, Les fileuses, avec les ajouts, huile sur toile, 220 x 289 cm, Musée du Prado, Madrid

Au premier plan, des fileuses et des tisserandes s’affairent à leurs travaux respectifs. Les moindres éléments de la réalité y sont transcrits. La vitesse du rouet, les flocons de laine au sol, le chat ronronnant au milieu de l’agitation ambiante sont autant de détails qui retranscrivent l’exactitude d’une manufacture d’époque.

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Michel-Ange, Deux Ignudi, détails de la Chapelle Sixtine, Rome

L’étude des deux femmes de part et d’autre du chat a montré que Vélasquez aurait repris la position de deux ignudi présents sur la voûte de la chapelle Sixtine à Rome. Preuve étant de son goût pour le dessin de Michel-Ange, qu’il aurait longuement étudié lors de son premier voyage à Rome. On a souvent écrit sur la beauté de ces deux figures dont le naturalisme est saisissant. Le dos de la plus jeune semble absorber la lumière. Quant à la plus vieille, l’impulsion qu’elle donne au rouet fait quasiment disparaître sa main qui se fond en une tâche claire.

Vélasquez, Les fileuses, détails de la vieille femme
Vélasquez, Les fileuses, détails de la vieille femme

Pierre Paul Rubens, La punition d'Arachné, Virginia museum of fine arts, Richmond
Pierre Paul Rubens, La punition d’Arachné, 1636, Virginia museum of fine arts, Richmond

La seconde partie du tableau dévoile une scène mythologique, celle de l’histoire d’Athéna et Arachné. La légende raconte qu’une jeune fille lydienne nommée Arachné, s’était fait connaitre par son adresse à l’aiguille et au fuseau. Elle défia la déesse Athéna, elle aussi renommée pour son habilité au tissage. Cette dernière lui apparut sous la forme d’une vieillarde qui la sommât de renoncer au défi. Arachné refusa et Athéna se révéla sous sa forme divine pour accepter la lutte. De ses mains habiles, la jeune lydienne commença à façonner une tapisserie représentant les amours des dieux et plus précisément celui de Zeus et d’Europe. Une fois le travail accomplit il fût présenté devant la déesse et celle-ci chercha tant bien que mal la moindre imperfection. Furieuse de ne rien trouver et ne voulant pas se déclarer vaincue, elle punit Arachné en la métamorphosant en araignée. Ainsi, elle la condamna pour l’éternité à poursuivre sa tâche de fileuse.

Tiziano Vecellio dit le Titien, L'enlèvement d'Europe, 1560-1562, Gardner Museum, Boston
Tiziano Vecellio dit le Titien, L’enlèvement d’Europe, 1560-1562, Gardner Museum, Boston

Vélasquez représente ici le moment où Athéna casquée lève son bras droit pour frapper de malédiction l’orgueilleuse Arachné au centre. Derrière les deux personnages, on peut apercevoir la tenture de l’Enlèvement d’Europe, dont les motifs sont copiés sur la version de Titien comme un hommage. Trois femmes richement vêtues d’habits contemporains observent cette scène.

Il est difficile de dire si les personnages du fond cohabitent tous sur le même plan ou si ils existent dans des plans différents. La question est d’ailleurs sujette à polémique et plusieurs théories étayées par de nombreux historiens de l’art sont plausibles. Certaines lectures symboliques classent la métamorphose d’Arachné dans la pièce du fond comme une représentation réelle. Les trois femmes issues de la noblesse seraient donc les témoins de cette transformation qui se déroulerait devant la tapisserie.

Vélasquez, Les fileuses, détails
Vélasquez, Les fileuses, détails

Une autre analyse moins symbolique montre qu’il s’agirait d’une visite de trois femmes nobles (dont l’une appartenant certainement à la famille royale), dans la manufacture royale de Santa Isabel, admirant une tapisserie sur laquelle figurerait la légende complète de la métamorphose d’Arachné. Ainsi les personnages d’Arachné et de la déesse Athéna seraient inclus dans cette tenture. Si c’est vraiment le cas, Vélasquez n’en est pas moins un génie pour autant. Le peintre aurait volontairement placé la scène principale d’une visite royale en dernier plan, pour mettre en valeur les fileuses et leurs travaux.

Vélasquez, Les ménines, 1656, Huile sur toile, 310 x 276 cm, Musée du Prado, Madrid
Vélasquez, Les ménines, 1656, Huile sur toile, 310 x 276 cm, Musée du Prado, Madrid

La dernière interprétation est basée sur l’allégorie. Le peintre aurait sciemment créé un écho entre la scène de genre et la scène mythologique. En effet, les deux femmes au premier plan seraient également des représentations de la déesse Athéna et d’Arachné. Cette première partie du tableau symboliserait les arts manuels et le second plan désignerait l’art de la peinture. Il faut savoir qu’au XVIIe siècle, en Espagne, la peinture n’est pas considérée comme un art libéral mais doit répondre au même titre que l’artisanat aux normes corporatives. En bref, les productions sont soumises à un impôt. Vélasquez était pour l’anoblissement de sa discipline. Il dénonça d’ailleurs cette injustice dans certaines de ses œuvres, comme dans Les ménines notamment. Dans Les fileuses, la lumière du fond incarne l’art de la peinture qui irradie le travail servile du premier plan. Il s’agit là d’une revendication pour séparer l’art noble de la peinture de l’artisanat.

Vélasquez, Le Christ chez Marthe et Marie, Huile sur toile, 60 X 103,5 cm, The trustees of The National Gallery, Londres
Vélasquez, Le Christ chez Marthe et Marie, Huile sur toile, 60 X 103,5 cm, National Gallery, Londres

Le procédé d’inclure un sujet divin dans une scène de genre n’est pas nouveau, y compris pour Vélasquez qui l’a déjà expérimenté sur ses œuvres de jeunesse comme dans Marthe et Marie par exemple. Tout d’abord inspiré des maniéristes flamands, il pratique également une adaptation de ce qu’on appelle l’  « aggiornamento » caravagesque (procédé qui inclut une scène religieuse dans une nature morte) en présentant une scène sacrée, ici la légende d’Arachné, dans un décor populaire.

On sait que Vélasquez avait une passion pour la mythologie mais il l’interprète de façon tout à fait personnelle. Il n’abandonne pas son goût pour la réalité des choses et de ce fait, il combine les deux et va même jusqu’à mettre en avant la scène de genre sur le sujet d’histoire. On pourrait également le qualifier de précurseur dans certains domaines et notamment sur sa recherche de la dynamique du rouet. De tels travaux sur l’effet de vitesse ne seront repris que deux siècles et demi plus tard.

On ne peut nier que sa nomination comme peintre du roi lui a apporté bien des avantages : liberté de traiter des thèmes particuliers, nombreux mécènes, voyages en Italie, accession à la cour… Cependant, sa fonction comprenait aussi quelques contraintes comme les charges du Palais qui ont considérablement limité sa production, faute de temps.

Charlotte LASSERRE

TOGRAM

Togram, de son vrai nom Margot Bardinet, a été formée à l’ESMI (école supérieure des métiers de l’image) de Bordeaux, dans la section illustration de bande dessinée, dont elle sort diplômée en 2010.

Togram, Le dos de Marla.

 

Dessinatrice de talent et passionnée par la création de scénario, elle intègre, dès sa sortie de l’école, l’atelier Cocotte Minute. Créé pour les anciens élèves afin de les aider à monter leurs projets, elle y développe sa première création : Le dos de Marla.

Togram, Le dos de Marla.

Elle y raconte la vie de Marla, enfant délaissé puis mère célibataire, qui décide de reprendre sa vie en main.

En passant par la musique, la radio, le cinéma, la peinture mais aussi par la bande dessinée (Pascal Rabaté, Winshluss, Carlos Nine…), Togram est une artiste aux inspirations très variées. Très attentive à ses proches qu’elle met parfois en scène, elle n’a de cesse de chercher dans la vie de tous les jours des idées de scénarios. L’humain est son cheval de bataille. La joie et le malheur du quotidien, elle le transforme pour obtenir des histoires chargées d’une réalité poétique et mélancolique. Pourtant, jamais elle n’oublie l’humour qu’elle ajoute comme une note finale à son récit.

Togram, Don't cry granny, BD muette.
Togram, Don’t cry granny, BD muette.

Après son départ de l’atelier, elle commence à tourner en rond et envisage même de quitter Bordeaux. Une aventure parisienne lui semble trop coûteuse et pour passer le temps, elle participe à l’ouverture d’un squat à Bègles avec des amis où elle s’essaye à la fresque pour la décoration du lieu.

Togram, Mes petits vieux.
Togram, Mes petits vieux, Mme Oubey.

C’est aussi à cette période qu’elle devient aide à domicile pour les personnes âgées. L’idée lui vient alors de raconter leurs histoires dans Mes petits vieux. À travers son propre personnage qu’elle met en scène, elle guide le lecteur dans ces anecdotes de vie où l’on se retrouve partagé entre rire et compassion. Usant du noir et blanc et d’une technique au stylo, elle construit un monde illusoire pourtant chargé de souvenirs réels.

affiche de l'exposition, Galerie Filter, Berlin.

Par un concours de circonstance, elle se rend à Berlin pour contribuer à un projet qui ne verra jamais le jour. Mais au final, ce voyage qui était une sorte de fuite s’est révélé être une opportunité. Il est vrai qu’à la différence de Paris, Berlin offre aux artistes une approche plus libre et sans jugement, plus solidaire aussi, et surtout moins onéreuse.

Togram, composition figure, Matchbox painted.
Togram, composition figure, Matchbox painted.

Conquise par cet esprit, elle continue ses créations et se lance dans des projets plus novateurs dont les Matchboxes painted. Un galeriste qu’elle avait déjà rencontré auparavant lui propose de les exposer. C’est en octobre 2014 que l’exposition, qui durera un mois et demi, ouvre ses portes à la galerie Filter à Berlin. Les motifs sont divers : portraits, natures mortes, figures érotiques voir pornographiques jouant de l’ouverture et de la fermeture de la boite, mais toujours avec ce style enfantin qui lui est propre.

Togram, Matchbox painted.
Togram, Matchbox painted.

D’autres projets de bande dessinée comme Vilamòs sont en cours d’élaboration. Mettant en scène les personnages réels de sa famille, elle nous fait partager ses souvenirs d’enfance pendant ses vacances en Espagne.

Togram, Vilamos.

Encore une fois, elle se met en position de narratrice mais en retrouvant les yeux de l’innocence si caractéristique aux bambins. L’humour fin et léger rythme ces petites anecdotes insolites et le dessin, quant à lui, partage ce sentiment de naïveté retrouvée.

Togram, Mes petits vieux, Mr Sobert.
Togram, Mes petits vieux, Mr Sobert.

Togram n’a pas encore réussi à éditer ses œuvres mais elle ne perd pas espoir. Elle ne vit pas de son art mais y aspire sans que ce soit une obsession, ni une fin en soi. L’envie de continuer et d’expérimenter davantage est au final ce qu’il y a de plus important pour elle. Beaucoup d’autres projets sont en cours dont certains en anglais, pour mieux diffuser son travail au niveau international.

Togram, Charlie, BD muette.
Togram, Charlie, BD muette.

Plus généralement, celui qu’on qualifie de neuvième art a acquis une certaine reconnaissance ces dernières années. En 2012 notamment, avec la parution d’un ouvrage exemplaire sur l’Art de la Bande dessinée, par le célèbre éditeur de livre d’art Citadelle et Mazenot. Cependant, bien que la reconnaissance importe d’un point de vue historique, il ne faut pas oublier le présent et ceux qui le construisent.

On a pu voir cette année au festival international de la bande dessinée d’Angoulême, un rassemblement important d’auteurs, de scénaristes, de coloristes venus défendre leur statut. Le thème de cette révolte : le refus de cotiser davantage alors que la plupart des créateurs ne gagnent même pas le smic ! Saturation de la production de la bande dessinée et perte du pouvoir d’achat des lecteurs entraînent l’inévitable chute des acteurs de ce métier.

Togram, Anonymus strip, Matchbox painted.
Togram, Anonymus strip, Matchbox painted.

Voilà pourquoi il est difficile de se frayer un chemin dans cette cohue générale et où certains jeunes créateurs, comme Togram, préfèrent s’expatrier pour faire leur preuve ailleurs…

Charlotte LASSERRE

togram.over-blog.com

La triste histoire de Moll Hackabout

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William Hogarth, Hogarth peignant la muse de la Comédie, vers 1757, National Portrait Gallery, Londres

William Hogarth (1697-1764) est un artiste novateur de l’Angleterre du XVIIIe siècle. D’abord graveur, puis peintre, il se fait connaitre rapidement dans le milieu londonien comme un artiste satyrique sachant manier aussi bien les sujets nobles qu’ordinaires.

Il crée en 1730 une nouvelle manière d’introduire la scène moralisante. Tout d’abord en utilisant des personnages contemporains : la prostituée, le pasteur, le médecin… Parfois fictif, parfois réel comme nous le verrons. Mais surtout en découpant plusieurs épisodes dans son récit pour ainsi produire plusieurs œuvres en relation.

La Carrière d’une prostituée regroupe six estampes (environ 32×38 cm) gravées au burin et à l’eau-forte. A l’origine, des toiles avaient été produites mais elles furent détruites en 1755 dans un incendie.
Hogarth nous raconte l’histoire fictive de Moll Hackabout. Fraîchement débarquée de la campagne, jeune, naïve et jolie, elle tombe entre de mauvaises mains et devient une prostituée entretenue, délaissée, puis abandonnée de tous.

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L’arrivée à Londres, Eau forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris

La jolie Moll Hackabout arrive à Londres dans le quartier de Cheapside à l’auberge de Bell Inn. Sitôt descendue de la diligence venant de York, elle est abordée par une vieille syphilitique, Needham, dont les taches noires sur son visage servent à camoufler les lésions cutanées de la maladie. Sur la droite, une oie blanche portant un message autour du cou (« Pour mon bon cousin, Tems street à Londres ») montre que Moll devait être accueillie par son cousin qui, malheureusement pour elle, n’est pas venu. C’est du pain béni pour la vieille entremetteuse. Elle lui propose déjà une toute autre carrière et potentiellement plus lucrative que celle de couturière ou de simple domestique.

Hogarth inclut dans cette scène des personnages réels dont Elizabeth « mother » Needham, connue comme une célèbre tenancière de bordel, mais aussi le colonel Francis Charteris dans l’arrière plan, connu aussi sous le nom de « Maître-Violeur général de la Grande-Bretagne ». Condamné en 1730 pour le viol d’une de ses servantes, on comprend à quoi il pense quand il regarde la jolie Moll et surtout ce qu’il caresse avec sa main droite.

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La querelle avec son protecteur juif, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris

La situation de Moll a bien évolué depuis. Maintenant entretenue par un riche marchand juif, il semble qu’elle ai eu une progression rapide dans sa carrière de courtisane. L’appartement est luxueux, avec tentures, tableaux de maîtres, ameublement raffiné, et domestiques à son service. Cependant, Moll semble avoir été dérangée par la visite surprise de son protecteur puisqu’on voit à l’arrière, son amant qui tente de sortir discrètement. Ce dernier à moitié rhabillé exécute un geste avec ses doigts qui laisse entendre quelques commentaires sur la petitesse du sexe du marchand. Pendant ce temps, Moll fait diversion en renversant la table et en claquant des doigts pour attirer l’attention de celui-ci.

Bien plus confiante que dans la première scène, elle l’est peut-être même un peu trop. Moll parait oublier qu’elle n’est qu’un jouet et Hogarth nous le signifie avec le singe, symbole d’exotisme et de caprice mais dont on peut aussi se défaire.

Arrêtée par un Magistrat,  Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris
Arrêtée par un Magistrat, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris

Moll récolte les fruits de sa trahison et se retrouve rétrogradée en vulgaire prostituée. Elle réside désormais dans une chambre miteuse de Drury Lane à Covent Garden, quartier bien connu au XVIIIe siècle pour ses bordels. On est bien loin de l’appartement luxueux qu’elle habitait autrefois. Ici, le mobilier est simple et pour seule servante, il ne lui reste qu’une femme populaire et syphilitique. Moll est elle-même atteinte par la maladie puisqu’on remarque des fioles de médicaments autour d’elle et les taches sur son visage.

A moitié déshabillée, la chatte à ses pieds appuyant le propos, on voit que son attitude est des plus suggestives. Moll propose maintenant des services tout particuliers : la cravache et le chapeau sur le mur montre qu’elle pratique la flagellation et les jeux de rôles. Sa clientèle a également bien changée, elle côtoie des criminels notoires comme James Dalton dont la boîte à perruque est posée au-dessus de son lit.

Trois personnages arrivent dans le fond et l’un d’entre eux est le Juge Gonson. Personnage réel, bien connu pour avoir instauré des mesures réprimant la prostitution à Londres, il n’aura aucun scrupule à la jeter en prison et la condamner aux travaux forcés.

La prison de Bridewell, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque nationale de France, Paris
La prison de Bridewell, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque nationale de France, Paris

Célèbre pour être la Maison de correction des prostituées, des entremetteuses et des voyous en tout genre, Bridewell accueille maintenant la jeune et jolie Moll. Occupée à battre le chanvre avec les autres prisonniers, elle est déjà réprimandée par le gardien qui menace de la fouetter et de l’enchainer à un poids. Ironie du sort quand on sait que la flagellation faisait partie de ses services. Bien que prostituée comme la plupart de ses codétenues, Moll est moquée par les femmes qui l’entourent. Il est vrai qu’elle ne cadre pas avec le décor ambiant et son habillement raffiné ne fait qu’appuyer sa chute vertigineuse.

Elle meurt pendant que les médecins se disputent, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris
Elle meurt pendant que les médecins se disputent, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris

Moll est sortie de prison et a réintégré sa petite chambre à Covent Garden. Mais la maladie a eu raison d’elle, comme l’indique les couvertures de sudation qui l’entourent et sa servante qui cherche des habits dans une malle pour l’enterrer décemment. Deux médecins se querellent au milieu de la pièce pour savoir quelle potion sera la plus efficace et ne remarquent même pas le décès de leur patiente. L’enfant aux pieds de Moll est sans aucun doute son fils illégitime dont l’avenir semble bien incertain.

Hogath nous présente ici deux charlatans bien connus, au XVIIIe siècle en Angleterre. L’homme corpulent est le docteur Richard Rock célèbre pour avoir inventé et commercialisé « la célèbre pilule spécifique antivénérienne », sans aucun effet bien évidemment. L’autre monsieur est un émigré français, le docteur Jean Misaubin, également inventeur de pseudo-traitements.

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Les funérailles, Eau-forte et gravure au burin, Bibliothèque Nationale de France, Paris

La scène finale montre l’indifférence générale qui règne aux funérailles de Moll. La plaque sur le cercueil indique qu’elle n’avait que 23 ans. La plupart des personnes réunies sont des prostituées, accompagnées du pasteur, de l’entrepreneur des pompes funèbres et de l’enfant de Moll désormais livré à lui-même. Certaines femmes semblent pleurer mais il est difficile de voir si cela est sincère quand on voit que l’une d’entre elles s’est blessée au doigt. De plus, certaines en profitent pour racoler comme à droite avec l’entrepreneur. Le pasteur, à gauche, n’en fait pas moins et sa main s’égare furtivement sous la jupe de sa voisine. Le verre qu’il tient se renverse et évoque l’excitation physique de l’homme. Même la servante fait preuve d’irrespect en posant les assiettes sur le cercueil.

Le déclin de Moll est spectaculaire mais même si elle est en partie responsable de son malheur, elle est surtout la victime des personnages qui gravitent autour d’elle pendant toute l’histoire. Pasteur, médecin, magistrat… Aucun ne lui tend la main. On voit dans la première scène que des gens comme la tenancière Needham ou le colonel peuvent très bien enlever une jeune fille sans que personne n’y prête la moindre attention. D’ailleurs le pasteur qui passe à côté l’ignore complètement. Peut-être est-ce le même pasteur qui profite des charmes de la jeune prostituée dans la scène finale.

Hogarth dans sa morale ne vise pas seulement Moll mais tous les protagonistes autour d’elle, qui reflètent l’hypocrisie ou l’indifférence de la société.

A propos d’ART BOX

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Charlotte Lasserre, créatrice et rédactrice ART BOX

Diplômée d’un Master 2 en Histoire de l’art recherche des mondes modernes et contemporains, j’ai partagé mes études entre Bordeaux et Montpellier.

Depuis mon retour à Bordeaux, j’ai eu l’idée de créer une revue d’art numérique.

Je refuse de croire que l’art ne puisse être accessible qu’aux seuls initiés et je souhaite que partage et sensibilisation soient les mots d’ordres de cette revue.

ART BOX est un endroit pour tous ceux qui désirent en savoir un peu plus sur le monde de l’art et de la culture !

Georges Rousse, magicien de l’espace

Base Sous-Marine, Bordeaux
Base Sous-Marine, Bordeaux

Tous ceux qui se sont un jour rendus à la base Sous-Marine de Bordeaux savent que c’est un endroit à part. Bloc de béton perdu au milieu d’un espace portuaire, il est devenu depuis quelques années un lieu d’exposition atypique pour les artistes qui ont la chance d’y passer.

C’est dans cette optique de redécouverte du lieu que Georges Rousse a été invité. Non pas pour mettre en avant l’histoire ou le devenir de ce bâtiment, mais pour étudier ses formes, ses volumes, ses perspectives…

Photographe d’un côté mais aussi peintre, architecte et sculpteur, Georges Rousse est un « magicien » de l’Espace.

Matsushima, 2013
Matsushima, Japon, 2013

Généralement attiré par des lieux désaffectés ou inutilisés, il va choisir de mettre en avant une partie de ce lieu en le mettant en scène. Modifiant l’espace par un travail de peinture ou de construction, le lieu est alors envahit par un tout autre univers, celui de l’artiste qui projette sa vision idéalisée. L’espace ainsi modifié est immortalisé par la photographie.

Paraty, Brésil, 2010
Paraty, Brésil, 2010

L’appareil photo intervient dès les premiers moments de la création. L’œil fixé à l’objectif, il décide avant même le commencement, d’un point de vue d’où le cliché sera tiré. Jouant du principe d’anamorphose, il déforme la perspective et la réalité du lieu, obligeant le spectateur à se placer sur un point précis, seul endroit possible pour en obtenir la vision correcte.

La photographie, seule partie de l’œuvre qui pourra subsister, regroupe au final trois espaces en un. Tout d’abord, l’espace réel du début, le lieu tel qu’il est, puis l’espace modifié par Georges Rousse dans un long travail de création. Enfin, l’espace suggéré qui n’agit qu’au moment de la mise en image, celui qui réunit le réel et le modifié.

Chambord, 2011
Chambord, 2011

Grand voyageur, il intervient partout dans le monde, mettant en avant la relation problématique entre notre société industrialisée et sa trace dans les mémoires, dans le temps. Ces lieux de précarité, il ne les choisit pas par hasard. Il leur donne une seconde vie grâce à son intervention et les rend à jamais immortel grâce à la photographie.

Bernay, 1998
Bernay, 1998

C’est le cas par exemple à Bernay en 1998 où il découpe le plancher d’un immeuble pour faire apparaître les étages inférieurs.

Toulouse, AZF 1, 2003
Toulouse, AZF 1, 2003

Au-delà de cette manipulation spatiale, Rousse introduit certains contenus symboliques. On peut le voir dans sa série AZF en 2001, où il évoque la tragédie de l’explosion de l’usine.

Toulouse, PAIX, 2003
Toulouse, PAIX, 2003

Dans le même esprit, il investit le sous-sol de l’Université du Mirail à Toulouse en 2003 pour dénoncer l’intervention militaire en Irak. Le mot PAIX sera tracé à la peinture phosphorescente dans un lieu qui rappelle un abri antiaérien. D’autres recherches plus récentes ont conduit à une redécouverte de certains lieux historiques ou spirituelles comme c’est le cas à la Base Sous-Marine.

Espace(s) – Métamorphoses poétiques regroupe à la fois une sélection d’œuvres de l’artiste mais aussi trois créations pensées spécialement pour ce lieu.

Entrée de la Base Sous-Marine
Entrée de la Base Sous-Marine

Le premier projet situé sur un mur monumental de l’entrée rassemble trois motifs géométriques simples : un carré, un cercle et un triangle, cohabitant sur le même plan. Le cercle est peint au centre d’un mur tandis que les autres formes dépassent et sont à cheval sur les autres parois. Comme très souvent dans ses œuvres, Rousse se sert de l’anamorphose, ce qui provoque une déformation de la perspective et ainsi les formes changent.

1er projet, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014
1er projet, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014
Projet, salle des lots, 2014
Projet, salle des lots, 2014

Le deuxième projet situé dans la salle des plots répond à ce même exercice. Les trois plots au sol ainsi que les deux plafonds décalés sont réunis dans un cercle orange, qui ne peut être visible qu’à partir d’un certain point.

Projet, salle des plots, 2014
Projet, salle des plots, 2014

Un bunker rouge réalisé sur place d’après ses plans constitue le troisième projet. Dans ce lieu, Rousse s’est efforcé de s’approprier l’espace, comme toujours, mais aussi un peu de son histoire. Il détourne cette architecture en revisitant ses formes mais aussi sa couleur. Une sorte de renouveau mais aussi un moyen de résister et de combattre sa symbolique originelle.

Bunker, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014
Bunker, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014
Bunker, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014
Bunker, Base Sous-Marine, Bordeaux, 2014

L’ensemble de l’exposition est réalisé avec soin. Le parcours plongé dans la pénombre rajoute à la magie de son œuvre. De plus, dans un souci de compréhension et de suivi, une vidéo retrace tout le parcours de construction des projets. On y comprend qu’un lieu tel que celui-ci, peut aussi devenir poétique si on le regarde sous le bon angle.

Charlotte LASSERRE

Georges Rousse, Espace(s) – Métamorphoses poétiques à voir jusqu’au 15 décembre 2014 à la Base Sous-Marine à Bordeaux

Pour en savoir plus sur Georges Rousse : Site officiel

Le petit monde d’Ohido

tumblr_ml00hyGPg91rcskxlo1_1280 (1)La trentaine à peine, Benjamin Mafféo alias Ohido est l’artiste ouvert par excellence. Marseillais d’origine, c’est là-bas qu’il fait ses premières armes une bombe à la main, cherchant des murs à graffer. Le dessin pour lui c’est une passion, une évidence, le talent en plus. Formé à l’infographie et au webdesign à Lyon, il revient vers Marseille avec de nouveaux acquis.

Peu enclin à se diriger vers des entreprises, il se tourne vers le Street Art. Influencé par la lecture d’un livre, The art of Rebellion (2003), il lâche progressivement le graffiti pour le collage de rue. Il expérimente le grand format, confronte ses créations aux regards des passants et c’est en 2009 qu’il est repéré grâce à ses œuvres. On lui propose de participer au Sketch City Marseille, un concept venu d’Angleterre et d’Australie, où des artistes exposent et mettent en scène leurs travaux notamment par des fresques collectives en direct. C’est le déclic. Il prend conscience qu’il doit se trouver un style bien à lui.

DESSIN BEN

Loin d’être fétichiste d’un artiste en particulier, il cultive quand même certaines préférences. Dès ses premier pas vers le dessin, il voue une grande admiration pour Jean Giraud Moebius, un auteur à l’imaginaire débordant. Il découvre ensuite Paul Gauguin, Vincent Van Gogh ou encore Gustav Klimt à l’adolescence. Dès lors, il puise l’eau à chaque puits qu’il trouve : l’art naïf, l’art brut, la bande dessiné, les arts premiers, les arts numériques… Son art, il le compose au fur et à mesure de son parcours par l’observation et l’expérimentation. Il ne connait aucune barrière et cherche toujours à développer de nouvelles idées.

Exposition Hunter Vision, Manufacture 284C, Marseille
Exposition Hunter Vision, Manufacture 284C, Marseille

Il a signé en juin sa première exposition en solo, Hunter Vision, à la Manufacture 284C, dans le quartier du vieux port de Marseille.

Détail du dessin produit pour l'exposition
Détail du dessin produit pour l’exposition

A part un dessin à l’encre de chine créé pour l’occasion, les œuvres exposées reflètent son travail des derniers mois. Un mélange de dessins sur toile ou papier qu’il nomme lui-même psycho-dessin, caractérisé par un enchevêtrement de motifs répétitifs, le tout formant une figure ou un paysage. Mais aussi de la vidéo, construite à partir d’une toile produite en 2009, animée image par image et se répétant en boucle. Il compose enfin son univers, un univers hybride chargé d’onirisme, de symbolisme, mixant iconographie ancienne et contemporaine pour en créer une nouvelle.indien, hunter vision

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Ohido, salle investit lors de l’Expo de Ouf à Nîmes, 2014

On l’a également retrouvé cette année à Nîmes en septembre, pour l’ Expo de Ouf Cheval de 3, qui réunissait une soixantaine d’artistes de rue.

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Ohido, Autre vue de la salle, Nîmes, 2014

Dans un bâtiment voué à la destruction, il investit un espace par ses collages ne laissant plus un centimètre carré de mur vierge. Sa touche est sans conteste parlante, on se trouve comme au milieu d’un monde inconnu, figures et motifs entrelacés autour du visiteur, révélant à chaque coup d’œil une nouvelle foule de détails à explorer.

Ohido et Acet devant leur fresque à Toulon
Ohido et Acet devant leur fresque à Toulon

Les collaborations sont pour lui des plus enrichissantes. Cette année on l’a vu notamment avec Acet, un graffeur et graphiste originaire de Marseille. Deux univers et deux méthodes de travail différentes réunis sur un mur de Toulon. Le résultat est plus que satisfaisant mixant le volume et la lumière de Acet, ainsi que les aplats et les contours d’Ohido.

Fresque en collaboration avec 1di1, Marseille, 2012
Fresque en collaboration avec 1di1, Marseille, 2012

Ohido est à coup sûr un artiste à suivre ces prochaines années. Car tout en prenant conscience de son talent, il reste humble et plein d’humour. Toujours en réalimentant son Book, il cherche aujourd’hui à s’orienter vers de nouvelles collaborations. L’ensemble de sa création n’a donc pas fini d’évoluer, ni de nous surprendre.

Charlotte LASSERRE

Pour voir les créations d’Ohido : http://benjamin-maffeo.siteperso.net/